Votre camping-car vient de rentrer de sa dernière sortie d’automne. Dans quelques jours, il sera bâché, débranché, et il dormira dans un garage ou sur un parking jusqu’au printemps. Pendant ce temps, à quelques centaines de kilomètres, une famille cherche désespérément un véhicule pour filer au soleil pendant les vacances de Noël, ou un couple rêve de tester la vanlife avant d’investir dans son propre modèle. Et si, au lieu de dormir dix mois sur douze, votre camping-car passait l’hiver à rapporter de l’argent plutôt qu’à en coûter ?
C’est exactement la promesse portée depuis une quinzaine d’années par les plateformes de location de camping-car entre particuliers. Yescapa, Wikicampers, Goboony : ces noms sont devenus familiers pour une partie grandissante des camping-caristes, propriétaires comme voyageurs. Mais derrière le discours bien rodé des campagnes marketing, que gagne-t-on vraiment à louer son véhicule ? Qui est couvert en cas de pépin ? Et surtout, qu’est-ce que cette économie du partage a réellement changé dans la façon de vivre la vanlife ? Voici un tour d’horizon sans filtre.
Un marché qui a pris une dimension inattendue
Le secteur a connu une accélération nette ces dernières années. Yescapa, fondée à Bordeaux en 2012 sous le nom de JeLoueMonCampingCar avant de prendre son nom actuel en 2016, a fusionné il y a environ un an et demi avec la plateforme néerlandaise Goboony. Résultat : une flotte combinée annoncée à 33 000 véhicules et plus de deux millions d’utilisateurs à travers l’Europe. Sur la seule dernière année écoulée, la plateforme revendique environ 340 000 voyageurs, dont 34 % ont franchi une frontière pendant leur séjour, pour un cumul d’environ 80 000 jours de location, ce que Yescapa aime résumer comme « près de 220 ans de vacances ». En France, les réservations auraient progressé de 15 % sur l’année, selon Olivier Puybasset, directeur des opérations France et Europe du Sud, qui y voit la confirmation de la position de leader du groupe sur le marché européen.
Dans la répartition des véhicules loués, les camping-cars proprement dits représentent environ 43 % des réservations, les vans aménagés 29 % et les fourgons 25 %. L’âge moyen des utilisateurs tourne autour de 46 ans, loin de l’image d’un public uniquement composé de jeunes vanlifers équipés d’un vieux Volkswagen. Côté destinations, les habitudes varient d’un pays à l’autre : les voyageurs néerlandais plébiscitent les Canaries et les Baléares, les Allemands filent vers l’Espagne et Madère, tandis que les Français restent globalement proches de chez eux, entre la Gironde, la Loire-Atlantique, les Bouches-du-Rhône, Majorque et Tenerife.
Face à Yescapa-Goboony, Wikicampers s’est imposé comme l’autre acteur de référence en France, avec une approche assez similaire : annonce gratuite, mise en relation directe entre propriétaire et voyageur, et surtout un partenariat assurantiel avec Allianz sur lequel on revient plus bas.
Combien peut-on vraiment gagner en louant son camping-car ?
C’est la question qui fait briller les yeux de tous les propriétaires qui voient leur véhicule prendre la poussière l’hiver. Les chiffres avancés par les plateformes elles-mêmes sont généreux : Yescapa évoque un revenu moyen pouvant grimper « jusqu’à 8 150 € par an », tandis que Goboony cite plutôt un ordre de grandeur de 5 000 € par an pour un van qui, sinon, resterait simplement garé. Ces montants restent des estimations communiquées par les plateformes elles-mêmes, pas des moyennes vérifiées de façon indépendante, et dépendent énormément du modèle, de l’équipement, de la saison et du nombre de semaines effectivement louées.
Côté tarification, les campings-cars complets se louent en général entre 50 et 60 € par jour sur ces plateformes, le propriétaire restant libre de fixer son prix en fonction de la saison, du modèle et des équipements embarqués. Attention toutefois à la mécanique des commissions : si les plateformes affichent volontiers un taux de commission autour de 15 %, plusieurs retours d’utilisateurs rapportent un coût final nettement supérieur une fois ajoutés les frais de service et l’assurance obligatoire, avec des cas où la facture finale dépasse largement l’estimation initiale sur de courtes locations. Mieux vaut donc toujours simuler une réservation de bout en bout avant de se fier au seul prix affiché par le propriétaire.
Dans tous les cas, le propriétaire garde la main sur son calendrier de disponibilité : rien n’empêche de ne proposer son véhicule qu’entre deux voyages personnels, ou uniquement pendant les mois où il resterait sinon immobilisé au garage.
Qui est couvert en cas de sinistre pendant la location ?
C’est le point qui inquiète le plus les propriétaires, et à juste titre : prêter les clés de son camping-car à un inconnu n’est pas un geste anodin. Sur ce point, le fonctionnement des grandes plateformes est plutôt rassurant sur le papier. Chez Wikicampers par exemple, chaque location est automatiquement couverte par un contrat d’assurance tous risques de courte durée souscrit auprès d’Allianz : l’assurance personnelle du propriétaire et son bonus ne sont jamais engagés pendant la durée du séjour, et une assistance est disponible 24h/24. Pour les propriétaires qui louent régulièrement, un contrat annuel dédié (la formule WikiSafe, construite avec Allianz et Quattro Assurances) permet même de faire baisser la prime au fur et à mesure que le véhicule est loué.
Dans les faits, le parcours type comprend systématiquement une vérification du permis du locataire, la perception d’une caution, la signature d’un contrat de location et un état des lieux contradictoire à l’aller comme au retour. C’est précisément cette étape, souvent expédiée trop vite par manque de temps au moment de l’échange des clés, qui est à l’origine de la plupart des litiges remontés par les utilisateurs : désaccords sur la restitution de la caution, franchise appliquée plus élevée que prévu, ou délais de traitement jugés trop longs par le service client. Autrement dit, l’assurance protège bien le véhicule et les deux parties, mais elle ne dispense pas de prendre le temps d’un état des lieux sérieux, photos à l’appui, avant chaque remise de clés.
Et côté fiscalité, que doit-on déclarer ?
Louer son camping-car génère un revenu, et comme tout revenu, il doit en principe être déclaré à l’administration fiscale, que l’on passe sous un seuil ou non. Depuis plusieurs années, les plateformes de mise en relation entre particuliers (location de biens, de véhicules, revente d’articles) sont soumises à une obligation déclarative automatique connue sous le nom de DAC7 : au-delà d’un seuil couramment cité de 30 transactions ou 2 000 € d’encaissements sur une année, la plateforme transmet elle-même à l’administration fiscale l’identité du propriétaire, les montants perçus et le nombre de locations réalisées. Ce seuil déclenche la transmission d’informations par la plateforme, mais il ne détermine pas à lui seul le caractère imposable des revenus : en dessous comme au-dessus, l’obligation de déclarer ses gains reste la même.
Le régime d’imposition applicable (micro-BIC le plus souvent pour une activité de location de bien meuble réalisée à titre occasionnel, voire régime réel selon les cas) dépend de la fréquence de l’activité et du montant total perçu sur l’année. Comme les règles précises varient selon la situation personnelle de chacun et peuvent évoluer, mieux vaut vérifier sa situation sur le site des impôts ou avec un comptable avant de se lancer dans une location régulière, plutôt que de se fier aux seuls chiffres cités sur les forums.
Ce que l’économie du partage a vraiment changé dans la vanlife
Au-delà des chiffres, c’est un changement de regard sur la propriété d’un camping-car qui s’est opéré. Un camping-car, comme beaucoup de biens de loisirs, reste immobilisé une grande partie de l’année : plusieurs propriétaires interrogés par les plateformes elles-mêmes estiment n’utiliser leur véhicule que quelques semaines par an, le reste du temps étant passé au garage ou sur un parking. La location entre particuliers ne change rien à ce rythme de voyage personnel, mais elle transforme le reste de l’année : au lieu d’un bien qui ne fait que perdre de la valeur en silence, le camping-car devient un actif qui participe au remboursement de l’achat ou à la couverture d’une partie des frais d’entretien et d’assurance.
Pour les voyageurs, l’effet est tout aussi réel : la location entre particuliers a ouvert la vanlife à un public qui n’aurait jamais investi dans un véhicule à l’achat, simplement pour tester une semaine de road trip avant de se décider, ou pour varier les modèles d’un voyage à l’autre sans s’engager. C’est aussi une économie de la confiance, construite sur les avis laissés après chaque location : un propriétaire ou un voyageur mal noté se retrouve vite écarté du marché, ce qui pousse mécaniquement les deux parties à soigner leur véhicule et leur comportement. Rien d’étonnant à ce que l’âge moyen des utilisateurs, au-delà de 45 ans, montre que ce marché déborde largement du public jeune et minimaliste souvent associé au mot « vanlife ».
Les pièges à éviter avant de se lancer
Avant de publier une annonce ou de réserver le camping-car d’un inconnu, quelques réflexes évitent les mauvaises surprises : lire la franchise exacte du contrat d’assurance proposé par la plateforme plutôt que de se contenter de la mention « tous risques » ; simuler une réservation complète pour connaître le prix final une fois les frais de service ajoutés, plutôt que de se fier au seul tarif journalier affiché ; consacrer vraiment du temps à l’état des lieux contradictoire, photos horodatées à l’appui, à l’aller comme au retour ; et vérifier les avis réels du propriétaire ou du locataire plutôt que le seul nombre d’étoiles affiché en façade. Pour les propriétaires qui comptent louer plusieurs fois par an, il est aussi recommandé de se renseigner en amont sur ses obligations déclaratives, et de comparer les formules d’assurance annuelle dédiées plutôt que de repartir d’un contrat court à chaque location.
Dormir dix mois par an au garage ou rapporter quelques milliers d’euros en circulant chez d’autres camping-caristes : la décision reste évidemment personnelle, et dépend autant de l’attachement qu’on a à son véhicule que de sa tolérance au risque. Mais à l’heure où la saison se termine pour beaucoup de propriétaires, la question mérite au moins d’être posée avant de ranger les clés jusqu’au printemps.