Un extincteur dans votre camping-car : simple bon sens ou bientôt obligation légale ? La question, longtemps restée dans l’angle mort de la réglementation des véhicules de loisirs, revient aujourd’hui sur le devant de la scène. Deux textes — l’un au Sénat, l’autre au niveau européen — pourraient changer la donne pour tous les camping-caristes. En attendant leur sort, voici ce que dit vraiment la loi aujourd’hui, pourquoi votre camping-car cumule des risques d’incendie bien spécifiques, et comment vous équiper correctement sans attendre un décret.
Ce que dit vraiment la loi aujourd’hui
Première chose à savoir : en France, l’extincteur n’est pas obligatoire dans un camping-car, quel que soit son poids. Le texte de référence, un arrêté de 1995, n’impose cet équipement qu’aux véhicules de transport de marchandises de plus de 3,5 tonnes. Or les camping-cars sont classés en catégorie M1, celle des véhicules destinés au transport de personnes : ils échappent donc totalement à cette obligation. La Fédération Française de Camping-Caravaning le confirme elle-même, aucun texte ne contraint aujourd’hui les véhicules de loisirs à embarquer un extincteur.
Dans les faits, la situation est cependant plus nuancée que ce vide juridique le laisse penser. De nombreux constructeurs installent un extincteur de série, par souci de sécurité et d’image, et les concessionnaires le recommandent quasi systématiquement à l’achat. Le flou légal n’empêche donc pas une large diffusion de l’équipement sur le parc existant, mais rien n’oblige un propriétaire à le conserver, le vérifier ou le remplacer une fois le véhicule livré.
Deux textes qui pourraient tout changer
Le statu quo pourrait ne pas durer. Deux initiatives distinctes, l’une française et l’autre européenne, remettent le sujet sur la table.
Au Sénat, le sénateur Serge Mérillou a déposé le 1er septembre 2025 une proposition de loi (texte n°883) visant à compléter le code de la route d’un nouvel article imposant un « extincteur portatif destiné à une première intervention en cas d’incendie » à la quasi-totalité des véhicules à moteur, à l’exception des deux et trois roues, des quadricycles légers et de quelques dérogations prévues par décret. L’exposé des motifs recommande explicitement une fixation dans l’habitacle plutôt que dans le coffre, pour un accès rapide. Les caractéristiques précises de l’appareil (poids, agent extincteur, norme) ne sont pas encore fixées : elles relèveraient d’un futur décret en Conseil d’État, qui évoque pour l’instant une poudre ABC d’environ 1 kg comme piste privilégiée. Les sanctions ne sont pas davantage définies, mais le texte envisage une logique proche de celle du triangle de signalisation ou du gilet jaune, avec une vérification possible lors du contrôle technique. À ce stade, la proposition est toujours en cours d’examen parlementaire et rien ne garantit son adoption ni son calendrier.
Au niveau européen, l’eurodéputé Grégory Allione, ancien directeur du service départemental d’incendie et de secours des Bouches-du-Rhône, a interpellé la Commission européenne pour qu’elle envisage de rendre l’extincteur obligatoire dans tous les véhicules à l’échelle de l’Union. Il s’appuie notamment sur plusieurs départs de feu dans des habitacles qui se seraient propagés à la végétation avant l’arrivée des secours, dans le contexte des feux de forêt de l’été 2026 dans les Landes. Une résolution similaire avait déjà été portée par la députée Alexandra Martin en 2025. Pour l’instant, il ne s’agit que d’une question écrite, sans texte adopté ni échéance fixée, mais le sujet revient avec une régularité qui suggère qu’il ne restera pas éternellement sans réponse.
Pourquoi le camping-car n’est pas une voiture comme les autres
Au-delà du débat législatif, le camping-car présente des facteurs de risque incendie que n’a pas une voiture particulière classique, ce qui rend la question particulièrement pertinente pour notre communauté. Le gaz utilisé pour la cuisine et le chauffage, le réfrigérateur à absorption qui fonctionne par combustion ou résistance électrique, le double réseau 12V et 220V, le stockage de bagages et de literie à proximité immédiate des sources de chaleur, et surtout un espace de vie confiné avec souvent une seule porte d’accès : tous ces éléments cumulés expliquent pourquoi pompiers et fédérations de camping-caristes recommandent, indépendamment de toute obligation légale, d’embarquer un extincteur facilement accessible ainsi qu’un détecteur de fumée placé entre la cabine de conduite et la cellule habitable.
Comment s’équiper correctement, sans attendre la loi
Puisque la loi ne tranche pas encore, mieux vaut s’équiper dès maintenant selon les bonnes pratiques recommandées par les professionnels de la sécurité incendie.
Pour l’extincteur principal, privilégiez un modèle à poudre ABC, polyvalent et efficace sur la plupart des départs de feu (bois, tissus, hydrocarbures, installations électriques). Une capacité de 2 kg convient à un camping-car standard de 6 à 8 mètres. Évitez le CO2 dans un espace aussi confiné, en raison du risque d’asphyxie, et évitez la mousse si vous voyagez en hiver, car elle craint le gel. Complétez cet équipement d’un petit extincteur ou spray spécifique « feux de cuisine », à ranger dans un placard proche de la plaque de cuisson.
Côté emplacement, fixez l’extincteur principal sous le siège conducteur ou à un endroit atteignable même ceinture bouclée, à l’aide d’un support métallique et d’une sangle de sécurité, à une hauteur comprise entre 0,80 et 1,50 mètre. Gardez une couverture anti-feu à proximité du couchage et veillez à toujours conserver un chemin d’évacuation dégagé vers la porte.
Enfin, l’entretien ne doit pas être négligé : vérifiez chaque mois que le manomètre de pression reste dans la zone verte et inspectez l’état général de l’appareil (corrosion, chocs). Un extincteur doit être remplacé tous les cinq ans ou après toute utilisation, même partielle. Complétez l’ensemble par un détecteur de fumée et, si possible, un détecteur de gaz, deux équipements peu coûteux qui peuvent faire toute la différence en cas d’incident nocturne.
Et si vous voyagez à l’étranger ?
Si le sujet reste en débat en France, certains pays membres de l’Union européenne ont déjà tranché : la Belgique, la Grèce, la Pologne et la Bulgarie imposent par exemple l’extincteur dans les véhicules. Avant de partir en road trip au-delà des frontières françaises, mieux vaut donc vérifier la réglementation locale du ou des pays traversés, pour éviter une mauvaise surprise lors d’un contrôle routier.
En conclusion
Qu’elle aboutisse ou non, la proposition de loi Mérillou et la démarche européenne de Grégory Allione mettent en lumière un vide réglementaire qui tranche avec la réalité du terrain : un camping-car cumule plus de facteurs de risque incendie qu’une voiture classique, sans pour autant être mieux équipé par la loi. En attendant une éventuelle décision des pouvoirs publics, équiper son véhicule d’un extincteur adapté, bien fixé et correctement entretenu, reste l’un des gestes de prévention les plus simples et les moins coûteux pour voyager en toute sécurité. Mieux vaut avoir cet équipement et ne jamais en avoir besoin que l’inverse.