Des « Flots Bleus » de Camping au laboratoire mobile de Jurassic Park, en passant par le fameux Fleetwood Bounder de Breaking Bad : le camping-car a beaucoup plus tourné devant les caméras qu’on ne le croit. Longtemps réduit au rôle de gag ou de décor improbable, il est aussi devenu, au fil des films et des séries, un véritable symbole de liberté, de famille recomposée ou de dérive. Petit tour d’horizon des véhicules qui ont marqué le grand et le petit écran, pour redécouvrir sous un jour nouveau ce compagnon de route que vous connaissez par cœur.
Le camping-car à la française : gaguesque et bon enfant
Impossible de parler de camping-car au cinéma sans commencer par la saga Camping. Depuis 2006, Franck Dubosc y incarne Patrick Chirac, vacancier anti-camping devenu, bien malgré lui, la vedette du camping des Flots Bleus en Charente-Maritime. Le premier opus met en scène un couple (joué par Antoine Duléry et Mathilde Seigner) débarquant au camping à bord d’un camping-car tout doré, flambant neuf, qui tranche avec le mobil-home vétuste des habitués. La franchise comptera trois films (2006, 2010, 2016) puis donnera naissance à la série à succès Camping Paradis sur TF1, preuve que le public français n’en a jamais eu assez de ces vacances version farce.
Un registre très différent, mais tout aussi hexagonal : Tout ça… pour ça !, le film choral de Claude Lelouch sorti en 1993. Vincent Lindon, Gérard Darmon et Jacques Gamblin y sillonnent les routes en « apprentis bandits » à bord d’un camping-car à capucine, loin de l’image lisse des vacances en famille. De quoi rappeler qu’avant d’être un marqueur de douceur de vivre, le camping-car a aussi servi de décor à des histoires plus trépidantes.
Hollywood et le road trip en famille, un genre à part entière
Aux États-Unis, le camping-car est depuis longtemps le véhicule par excellence du road movie familial, souvent chaotique. Dans RV (sorti en France sous le titre Camping-car, 2006), Robin Williams embarque femme et enfants à bord d’un gigantesque motor-home américain pour tenter, sans grand succès, de ressouder les liens familiaux sur la route. Même principe, en plus doux-amer, dans Little Miss Sunshine : la famille Hoover parcourt 1 287 kilomètres jusqu’en Californie entassée dans un Combi Volkswagen jaune « bay-window », dont la panne de boîte de vitesses devient un running gag qui résume à lui seul l’esprit du film.
Le genre s’autorise aussi des détournements plus corrosifs. Dans Mon beau-père, mes parents et moi, Robert De Niro conduit sa belle-famille jusqu’à Miami à bord d’un motor-home de luxe aux vitres épaisses de cinq centimètres, pendant que Ben Stiller tente désespérément de gagner son estime. Dans Les Miller, une famille en herbe, le camping-car devient carrément complice d’un trafic : un dealer endetté y fait passer de la drogue entre le Mexique et les États-Unis, caché sous une fausse apparence de famille modèle. De la comédie familiale au thriller comique, le camping-car hollywoodien sert décidément à tout.
Quand le camping-car bascule du côté obscur
Le septième art a aussi exploité ce que le camping-car a de plus troublant : un espace clos, mobile, difficile à surveiller. C’est tout l’enjeu de Breaking Bad, où Walter White transforme un vieux Fleetwood Bounder de 1986 en laboratoire ambulant pour fabriquer de la méthamphétamine loin des regards. Le véhicule apparaît dès le tout premier épisode de la série et restera son emblème jusqu’à sa destruction, mise en scène, au trente-quatrième épisode (il s’agissait en réalité d’une réplique ; l’original sert aujourd’hui aux visites des studios Sony Pictures). Le cinéma de genre a, lui aussi, repéré le potentiel anxiogène du huis clos sur roues : plusieurs films d’horreur mettent en scène des camping-cars ou caravanes comme pièges mortels, de quoi donner, pour les amateurs du genre, une autre couleur à une nuit d’étape isolée.
Même la science-fiction s’y est essayée : dans Le Monde perdu : Jurassic Park (1997), un immense motor-home fourni par le constructeur Fleetwood devient le laboratoire mobile des scientifiques explorant l’île Isla Sorna, bien avant de finir précipité dans une falaise par un tyrannosaure. Un camping-car grand luxe réduit au rang de jouet pour dinosaure, mais qui reste l’un des véhicules les plus mémorables de la saga.
À la télévision aussi, il a sa place
Le petit écran n’est pas en reste. Dans The Walking Dead, le vétéran Dale Horvath vit dans son camping-car intégral au sein du groupe de survivants, et grimpe régulièrement sur le toit du véhicule pour surveiller les environs à la recherche de zombies : sur onze saisons et 177 épisodes, le camping-car y incarne un dernier refuge presque domestique au cœur du chaos. Une manière, pour une série pourtant tournée vers l’horreur, de rappeler à quel point ce type de véhicule est associé, dans l’inconscient collectif, à l’idée de sécurité et de foyer mobile.
« On ira » : le camping-car comme dernier espace de liberté
Plus récemment, le cinéma français a offert au camping-car l’un de ses rôles les plus émouvants. Dans On ira, comédie dramatique réalisée par Enya Baroux, Hélène Vincent interprète Marie, une femme de 80 ans atteinte d’une maladie qui l’épuise et qui souhaite se rendre en Suisse, où le suicide assisté est légal. Depuis le sud de la France jusqu’à Zurich, elle entreprend ce long trajet avec son fils, sa petite-fille et un jeune aide-soignant, à bord d’un vieux Pilote R320 resté dans son état d’origine. Le véhicule y occupe presque la place d’un personnage à part entière : c’est lui qui rend le voyage possible et qui, au fil des kilomètres, devient le théâtre des non-dits familiaux. Le film, sorti en salles en mars, montre aussi bien les plaisirs que les petites galères de la vie en camping-car, et cette idée de liberté qu’il procure jusqu’au bout du voyage.
Ce que ces portraits disent de notre camping-car
Qu’il serve de planque à un prof de chimie devenu narcotrafiquant, de mobil-home doré pour vacanciers des Flots Bleus ou de dernier refuge pour une famille qui se dit adieu, le camping-car n’a jamais vraiment été un simple décor au cinéma. Il porte toujours la même idée, qu’on la traite sur le ton de la farce ou du drame : celle d’un espace à soi, qui avance, et dans lequel on ne peut pas vraiment se cacher de ceux qui le partagent avec nous. Pas si éloigné, finalement, de ce que vous vivez à chaque départ. Et vous, quel est le camping-car de film ou de série qui vous a le plus marqué ?